{"id":8485,"date":"2008-01-18T08:37:00","date_gmt":"2008-01-18T08:37:00","guid":{"rendered":"https:\/\/aja.pt\/wp\/?p=8485"},"modified":"2021-12-17T11:39:32","modified_gmt":"2021-12-17T11:39:32","slug":"artigo-de-veronique-mortaigne-no-le-monde-de-ontem","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aja.pt\/en\/artigo-de-veronique-mortaigne-no-le-monde-de-ontem\/","title":{"rendered":"Artigo de V\u00e9ronique Mortaigne no &#8220;Le Monde&#8221; de ontem"},"content":{"rendered":"<div class=\"bl-lien\"><a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/web\/article\/0,1-0@2-3246,36-1000017,0.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">R\u00e9conciliation portugaise<\/a><br \/>LE MONDE  16.01.08<\/p>\n<div align=\"right\">\u00a9 <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" align=\"absMiddle\" alt=\"Le Monde.fr\" border=\"0\" height=\"13\" src=\"http:\/\/medias.lemonde.fr\/mmpub\/img\/lgo\/lemondefr_trpet.gif\" title=\"Le Monde.fr\" width=\"67\" \/><\/a><\/div>\n<\/div>\n<div align=\"justify\">\n<p>Cristina Branco est n\u00e9e en 1972, &#8220;apr\u00e8s la &#8220;r\u00e9volution des oeillets&#8221;&#8221; de 1974. Une \u00e9poque singuli\u00e8re, explique la chanteuse portugaise qui vit \u00e0 Lisbonne \u00e0 deux pas du Chiado, quartier d\u00e9vast\u00e9 par un incendie, en 1988, et reconstruit par l&#8217;architecte Alvaro Siza. Cristina Branco a d&#8217;abord \u00e9t\u00e9 reconnue par le milieu du fado. Au Th\u00e9\u00e2tre des Champs-Elys\u00e9es, en mars, elle pr\u00e9sentera une premi\u00e8re partie de r\u00e9cital consacr\u00e9e aux chansons d&#8217;Amalia Rodrigues, grande figure du fado, &#8220;celle que le r\u00e9gime salazariste a utilis\u00e9e comme maquillage, qui a \u00e9t\u00e9 le visage d&#8217;un pays qui n&#8217;existait pas&#8221;.<\/p>\n<p>La seconde partie, en accord avec l&#8217;album Abril, paru d\u00e9but janvier, sera consacr\u00e9e \u00e0 Jos\u00e9 Afonso, &#8220;Zeca&#8221;, mort il y a vingt ans, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 le symbole de la chanson de libert\u00e9 au Portugal. &#8220;Ses chansons ont \u00e9t\u00e9 la bande-son de mon enfance, dit la jeune femme, qui d\u00e9couvrit le fado lors du renouveau des ann\u00e9es 1990. Amalia et Jos\u00e9 Afonso sont deux personnages portugais tr\u00e8s populaires, qui aimaient la transparence et la v\u00e9rit\u00e9 des mots.&#8221;<\/p>\n<p>Longtemps, ces deux-l\u00e0 furent, dans la perception de leur histoire, irr\u00e9conciliables. Amalia Rodrigues (1920-1999) d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, tant honnie des capitaines et de la gauche, assimil\u00e9 \u00e0 la trilogie &#8220;fado, Fatima, fatum&#8221; ; de l&#8217;autre, Jos\u00e9 Afonso (1929-1987), voix de la r\u00e9volution. &#8220;Cette logique de la r\u00e9conciliation, c&#8217;est l&#8217;essence de ma g\u00e9n\u00e9ration, qui n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 opprim\u00e9e, et dont la jeunesse s&#8217;est situ\u00e9e hors de toute consid\u00e9ration politique&#8221;, pr\u00e9cise Cristina Branco, \u00e0 l&#8217;instar de Mariza, sa consoeur n\u00e9o-fadiste et &#8220;transatlantique&#8221; dans le choix de son r\u00e9pertoire (Am\u00e9riques, Afrique, Flandres&#8230;).<\/p>\n<p>Jos\u00e9 Afonso, c&#8217;est une affaire d&#8217;Etat. Dans la nuit du 24 au 25 avril 1974, des officiers portugais, en rupture de ban, greffent un \u00e9metteur clandestin sur l&#8217;antenne de la station catholique portugaise, Radio Renascen\u00e7a. A minuit vingt, ils diffusent &#8220;Grandola, vila morena&#8221;, de Jos\u00e9 Afonso : le Mouvement des forces arm\u00e9es (MFA) l&#8217;a choisie pour donner le signal de la r\u00e9bellion.<\/p>\n<p>Aux premi\u00e8res notes se d\u00e9clenchent les op\u00e9rations militaires qui vont renverser le r\u00e9gime dictatorial de Marcelo Caetano, successeur du sombre docteur Salazar, mort en 1970. Les chars de la &#8220;r\u00e9volution des oeillets&#8221; se mettent en marche sur une chanson que le r\u00e9gime a class\u00e9e dans le rayon communiste. Jos\u00e9 Afonso l&#8217;a \u00e9crite en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son passage, en 1963, au sein de la soci\u00e9t\u00e9 musicale Fraternit\u00e9 ouvri\u00e8re de Grandola, bourgade de l&#8217;Alentejo &#8220;o\u00f9 le peuple commande&#8221;. Elle sera publi\u00e9e, en 1971, sur l&#8217;album Cantigas de maio.<\/p>\n<p>LE ROUGE DES OEILLETS<\/p>\n<p>L&#8217;histoire, une fois sortie du rouge des oeillets, montrera que la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait moins simpliste. En 1985, Amalia Rodrigues, accus\u00e9e d&#8217;avoir fil\u00e9 en Espagne le soir du 25 avril 1974, est r\u00e9habilit\u00e9e. On remet au jour des \u00e9pisodes de sa vie jusque-l\u00e0 occult\u00e9s : ses amis de gauche, ses efforts pour sortir l&#8217;un de ses compositeurs les plus proches, le Fran\u00e7ais et gauchiste Alain Oulman, des griffes de la PIDE, la police politique&#8230; Jos\u00e9 Afonso, lui, redevient ce qu&#8217;il a toujours \u00e9t\u00e9 : un chanteur populaire, ancr\u00e9 dans le folklore portugais, certes habile \u00e0 jouer des mots feutr\u00e9s et des doubles sens destin\u00e9s \u00e0 d\u00e9router la censure, mais jamais un chanteur encart\u00e9.<\/p>\n<p>Pour Abril, Cristina Branco n&#8217;a pas retenu &#8220;Grandola, vila morena&#8221;, trop connue et musicalement pas la plus belle. &#8220;J&#8217;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 explorer les chansons de Jos\u00e9 Afonso qui traduisaient le regard d&#8217;un enfant sur un pays \u00e9cras\u00e9. Il avait un mot d&#8217;ordre : &#8220;Livra-te do medo&#8221; (D\u00e9livre-toi de la peur).&#8221; Depuis, Lisbonne l&#8217;Africaine, Lisbonne la Blanche ont c\u00e9d\u00e9 le pas \u00e0 Lisbonne l&#8217;Europ\u00e9enne. Jos\u00e9 Afonso, fils de juge, a v\u00e9cu dans les colonies &#8211; Angola, Mozambique -, et chant\u00e9 dans les facs&#8230; Cristina Branco, fille du Ribatejo, a commenc\u00e9 sa carri\u00e8re discographique aux Pays-Bas, terre d&#8217;asile de nombreux intellectuels en exil sous Salazar. Elle vient d&#8217;y donner un magnifique r\u00e9cital de &#8220;chansons portugaises&#8221;, folklore compris, avec le Royal Concertgebouw Orchestra, apr\u00e8s avoir consacr\u00e9, en 2000, un album au po\u00e8te n\u00e9erlandais Jan Jacob Slauerhoff (1898-1936). Sept ans plus tard, Jos\u00e9 Afonso s&#8217;inscrit dans le cabinet des curiosit\u00e9s de la jeune femme.<\/p>\n<p>DOULOUREUX \u00c9PISODES<\/p>\n<p>Jos\u00e9 Afonso appartient \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration de compositeurs &#8220;nouvelle vague&#8221; apparue \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, \u00e0 laquelle la France a \u00e9chapp\u00e9, marqu\u00e9e qu&#8217;elle \u00e9tait par ses poids lourds &#8211; Brel, Brassens&#8230; Mais en Italie, Luigi Tenco (l&#8217;amant suicid\u00e9 de Dalida), Domenico Modugno (l&#8217;auteur de Volare) jouent les enfants terribles de la po\u00e9sie sur fond de musique romantique et de rythmique de bal, tout comme, au Br\u00e9sil, Geraldo Vandr\u00e9 (un pers\u00e9cut\u00e9 de la censure militaire) ou, \u00e0 Cuba, Pablo Milanes s&#8217;adaptent \u00e0 l&#8217;air du temps, \u00e0 la fronti\u00e8re du y\u00e9-y\u00e9. Cristina Branco en choisit une relecture par le jazz.<\/p>\n<p>De douloureux \u00e9pisodes politiques sont rappel\u00e9s par des chansons d&#8217;apparence l\u00e9g\u00e8re que l&#8217;ancien \u00e9tudiant de l&#8217;Universit\u00e9 de Coimbra, \u00e9pris de fado et de parole libre, a martel\u00e9es &#8211; &#8220;A Morte saia a rua&#8221;, d\u00e9di\u00e9e au peintre Jos\u00e9 Dias Coelho, dirigeant communiste assassin\u00e9 par la PIDE en 1961, &#8220;Venham mais Cinco&#8221;, n\u00e9e dans les Asturies et \u00e9crite pendant un s\u00e9jour forc\u00e9 du chanteur dans la prison de Caxias. Mais Jos\u00e9 Afonso jonglait aussi avec l&#8217;imaginaire, le surr\u00e9alisme, les rondes et les comptines.<\/p>\n<p>Fernando Pessoa, incarnation du sentiment po\u00e9tique portugais contemporain, ne lui avait pas \u00e9chapp\u00e9, dont il avait mis en musique No comboio descendente (&#8220;dans le train descendant, tous les gens riaient de voir rire les autres&#8221;), avec son incommensurable anticonformisme. Statufi\u00e9 au Chiado, en haut de la rue Garett, Fernando Pessoa assure \u00e0 qui passe que si la vie \u00e9tait un long fleuve tranquille, le Tage, Jos\u00e9 Afonso et Cristina Branco auraient d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 depuis belle lurette. <\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9conciliation portugaiseLE MONDE 16.01.08 \u00a9 Cristina Branco est n\u00e9e en 1972, &#8220;apr\u00e8s la &#8220;r\u00e9volution des oeillets&#8221;&#8221; de 1974. 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